Actualités, Collections

Nouvelles acquisitions

Alexandre Vion, Peintre à son chevalet en forêt, 1850 © Département de Seine-et-Marne, Musée des Peintres de Barbizon
Le musée des peintres de Barbizon a pu acquérir récemment une importante biographie de Jean-François Millet par Alfred Sensier, ainsi qu'une peinture de scène de plein air en forêt par Alexandre Vion, directement liée à la pratique des artistes de Barbizon.

Date de publication de la page et auteur de publication

Créé le:

Une rare scène représentant des peintres sur le motif en forêt

Si Alexandre Vion demeure un artiste méconnu, le sujet de ce tableau n’en est pas moins particulièrement séduisant. Il représente un groupe d’artistes installés en forêt, occupés à leur travail et entourés de leur matériel.

À travers ces trois figures se dessine une véritable allégorie du métier de peintre, telle que la décrivent les écrits de Georges Gassies : le peintre appliqué, absorbé par son sujet au point que son visage disparaît, et deux jeunes rapins rêveurs, en quête d’inspiration au cœur du paysage.

Un artiste encore peu étudié

Alexandre Vion (1826-1902) est un peintre dont la vie est encore assez mal connue.

Il se forme auprès de Léon Cogniet (1794-1880), figure majeure de l’enseignement artistique du XIXᵉ siècle. Cogniet, condisciple de Delacroix, Géricault et Ary Scheffer, prix de Rome en 1817, professeur à l’École des Beaux-Arts, est resté célèbre pour son atelier où il enseigne dès 1830 à de très nombreux artistes, parmi lesquels Rosa Bonheur, Henri Chapu, François-Nicolas Chifflart et Charles-Olivier de Penne.

Présenté par Cogniet, Alexandre Vion est admis à l’École des Beaux-Arts et inscrit le 16 avril 1845. Il tente à plusieurs reprises le prix de Rome. Marié à Marie-Thérèse Berce, il effectue probablement un séjour à New York en 1863, comme en témoignent une peinture intitulée Hanging Game, datée de 1863 et signée "A.Vion. New-York" et ses œuvres présentées au Salon de 1864, représentant des vues de cette ville. 

Si on ignore si Vion séjourne à Barbizon dans les années 1850 (notre acquisition est datée "1850"), on sait en revanche qu’il réside à Fontainebleau en 1865, comme l’atteste l’annonce de la naissance de son fils Jules-Etienne publiée dans L’Abeille de Fontainebleau le 6 août 1865.

Vers 1880, Vion est directeur de l’école communale supérieure de dessin et de sculpture du XIᵉ arrondissement de Paris, où il compte parmi ses élèves Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953), futur pastelliste de renom. Il est également sociétaire de la Société des artistes français.

Un touche à tout éclectique

Alexandre Vion a régulièrement exposé au Salon, et au fil des livrets ainsi que dans d'autres sources l'on constate qu'il s'est essayé à différents genres en peinture :

  • Portrait (Portrait de M.V… et Portrait de M .L… au Salon de 1849portraits de Napoléon III et d'Eugénie, copies d'après Winterhalter, acquis par l'Etat en 1861 et 1866,...),
  • Paysage historique (Moïse sauvé des eaux, 1854, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts),
  • Paysage urbain (Un traîneau omnibus dans Broadway devant le Metropolitan Hôtel, et Le fort Lafayette à l’entrée de la baie de New York, vu de Long-Island, Salon de 1864)
  • Paysage maritime (Trouville, Les roches noires, 1889),
  • Peinture religieuse (L’Assomption, copie d’après Prud’hon, église Notre Dame de l’Assomption à Chantilly, Jésus au jardin des oliviers, achat de l'Etat au Salon de 1868, en dépôt à la mairie de La Marche,...)
  • Scène de genre (Jeux imprudents, Salon de 1878, Le réveil, Salon de 1879,...)

Vion a même réalisé des peintures sur porcelaine et de la peinture sur lave, une technique née au XIXsiècle grâce à l'utilisation de la pierre de Volvic.

Un artiste décidément surprenant, qui mérite d'être redécouvert...

La vie et l’œuvre de Jean-François Millet par Alfred Sensier

Il était temps qu’un tel ouvrage rejoigne les collections du musée des Peintres de Barbizon. Publié en 1881 d’après les notes et la correspondance d’Alfred Sensier (1815-1877) – quatre ans après sa mort – par son ami Paul Mantz (1821-1895), il connaît un succès immédiat et est rapidement épuisé. Traduit la même année en anglais, il témoigne de l’engouement alors porté à Jean-François Millet.

Ouvrage majeur pour la connaissance du peintre normand, communément appelé « le Sensier », il demeure une source fondamentale. S’il a depuis été complété par de nombreuses études, il reste une mine d’informations permettant d’approcher l’intimité et la sensibilité de l’artiste, admirablement restituées par la plume amicale d’Alfred Sensier.

L’exemplaire que le musée vient d’acquérir auprès d’un particulier fait partie des 100 premiers tirés sur papier hollande (n° 52). Il comporte un double jeu de planches d’héliogravure, dans le texte et hors-texte. Il provient de la bibliothèque d’Antonin Duval (1823-1887), riche industriel lyonnais et grand bibliophile, dont l’ex-libris « Siempre adelante » (Toujours de l’avant) orne la couverture. Cet exemplaire se distingue à la fois comme œuvre essentielle pour l’histoire de la peinture de paysage et comme objet de bibliophilie : sa reliure en plein maroquin, décorée « à la Du Seuil » avec des fleurons dorés sur les nerfs, est signée du relieur lyonnais Louis Guétant (1848-1936), président de la chambre syndicale de reliure de Lyon.

L’ouvrage sera présenté temporairement dans les salles du musée à l’occasion de l’exposition "Trésors de papier". Pour celles et ceux qui souhaitent le consulter, il est disponible en ligne dans sa version numérisée par la Bibliothèque nationale de France via Gallica.

 

Retrouvez deux œuvres commentées de Jean-François Millet et conservées au musée : 

La Bouillie

La Couseuse